Les communautés indiennes

Dans l’ouvrage collectif de K.S. Sandhu & A. Mani (éds), Indian Communities in Southeast Asia(1993), guide par excellence de 983 pages sur les communautés indiennes installées en Asie du Sud-Est pour la période contemporaine, le chapitre consacré à l’Indochine (Cambodge, Vietnam et Laos) : « Indians in Indochina », est limité à 12 pages !

A l’opposé, la péninsule malaise, par la multiplicité des articles qui s’y réfèrent, apparaît comme le grand point de fixation de la diaspora indienne dans la région. Un constat qui reflète à sa manière la distorsion induite par le rôle prépondérant des politiques coloniales dans l’expansion des communautés indiennes.

Cochinchine - Saigon Le char d'argent des chettys Decoly 315 - @xxxx #1452
Cochinchine - Saigon
Le char d’argent des chettys
Decoly 315 - @xxxx #1452
Decoly

1. Le cadre colonial et l’expansion des communautés indiennes en Asie du Sud-Est .

A partir de la deuxième moitié du XIX° siècle, les puissances coloniales impliquées en Asie du Sud-Est (principalement l’Angleterre, la France et les Pays-Bas) réorganisent et régulent le commerce régional à leurs profits. Par contrecoup, le fait colonial – relayé par le progrès des transports - favorise le mouvement migratoire des Indiens aussi bien par le besoin en main d’œuvre que par les opportunités commerciales offertes par l’économie capitalistique coloniale :

1. Ainsi, le développement de vastes cultures à vocation commerciale - plantation d’hévéas, de thés, de palmiers à huile en Malaisie britannique,plantations de tabacs au nord de Sumatra -, favorise une arrivée massive de la main-d’œuvre agricole indienne...
et « bon marché » (les fameux coolies= "salaire" en langue tamoule)
La Birmanie, une province de l’empire des Indes anglaises, voit ses centres urbains dominés administrativement et économiquement par les sujets Indiens (280.000 Indiens à Rangoon en 1941).

2. Quant aux réseaux marchands indiens, ils s’adaptent à leur nouvel environnement économique et logistique (mobilité accrue des facteurs de travail et du capital), et perpétuent ainsi leur longue tradition commerciale dynamique dans les différents centres urbains sud est-asiatiques, de Rangoon à Manille.

Cochinchine - Saigon Boeufs sacrés qui trainent le char de la divinité des Chettys Poujade 70 - @xxxx #1432
Cochinchine - Saigon
Boeufs sacrés qui trainent le char de la divinité des Chettys
Poujade 70 - @xxxx #1432
Poujade

Citons les firmes sindhis qui s’implantent à Saigon, à Batavia, en passant par Yokohama et Panama, sans parler de la position économique prépondérante en Birmanie de la caste marchande des Chettiars (originaire du Tamil Nadu), et dont la présence est aussi soulignée en Cochinchine.
Pour ce qui est justement du cas indochinois, par comparaison avec la Fédération de Malaisie, les Indes néerlandaises ou même le Siam (estimation à 20.000 individus en 1921), la présence indienne demeure très limitée.
Les annuaires statistiques de l’administration coloniale estiment leur nombre à 4.000 en 1921 et à 6.000 en 1936. Ils soulignent également que l’essentiel de l’immigration indienne en Indochine se situe dans l’entre-deux- guerres.

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