Le village de Kinh Lộc et l’héritage de Hoàng Cao Khải

Hoàng Cao Khải, dernier vice-roi (ou Kinh Lộc) du Tonkin sous la dynastie Nguyễn, marqua profondément l’histoire de Hanoï à la fin du XIXe siècle.

En 1893, sollicité par les habitants d’un village établi sur des terres marécageuses et insalubres en périphérie de Hanoï, il intervint pour les exonérer d’un impôt jugé injuste sur des parcelles incultes. Plutôt que de simplement annuler la taxe, il racheta lui-même ces terres et en acquitta les impôts fonciers.
Avec une vision ambitieuse, il décida d’y fonder un nouveau village, qu’il nomma Thai Hà Ap ,« le village du fleuve de la Prospérité ». Ce projet s’inscrivait dans une tradition vietnamienne de maîtrise de l’eau et de valorisation des terres, tout en reflétant l’influence des élites mandarinales sur l’aménagement du territoire. En moins d’un an, les marécages furent asséchés, les remblais achevés, et le site transformé en un lieu agréable et fertile.
Pour lui-même, Hoàng Cao Khải fit ériger un palais, un tombeau, ainsi qu’un temple dédié à son culte — une pratique rare, car il fut vénéré de son vivant comme un génie protecteur, témoignant de son statut quasi divin aux yeux de la population. Ce domaine, rapidement surnommé « le village du Kinh Lộc », devint un lieu de villégiature prisé par les mandarins et les habitants de Hanoï. Les élites y firent construire des résidences secondaires, et le site devint un symbole de prospérité et de modernité sous influence coloniale naissante.

Tonkin - Hanoï - Porte d'entrée du palais de Kinh Luoc, vice-roi Dieulefils 82 A - #6000
Tonkin - Hanoï - Porte d’entrée du palais de Kinh Luoc, vice-roi
Dieulefils 82 A - #6000